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Auteur Sujet: Errances d'une rêveuse  (Lu 959 fois)

Zatalyz

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Errances d'une rêveuse
« le: 28 mars 2013 à 18:57:59 »
Dure journée, semblable à des centaines d’autres, à suer dans la chaleur et la poussière. Les exercices, si répétitifs qu’ils en deviennent aliénants, le corps entier n’étant plus que douleur, l’esprit vidé, concentré sur sa seule tâche...

Posé contre les sacs de sable, savourant le peu d’ombre dispensé par une toile, je me suis endormie soudainement. J’entends encore mes compagnons qui s’entrainent et le cri des officiers. Tout ça, au moment présent, ne me touche plus. C’est un brouhaha lointain, qui s’éloigne de plus en plus tandis que le sommeil me prend.

Je rêve que je suis la course du soleil qui descend, allant vers l’ouest. Sous mes pieds le paysage défile, je vois les mirages scintillants se muer en massifs montagneux. Mon esprit file là où ma volonté m’entraine, à toute allure. Un instant, d’étranges bâtiments s’élevant hors du sol attirent mon attention, puis tandis que je m’approche, c’est la vue d’un amas de rochers déchiquetés qui m’arrête, qui m’entraine... J’admire les détails étonnamment précis qui se présentent à ma vue tandis que ce que je prenais pour un rocher se révèle une montagne. Que le monde est beau, dans cette fin d’après-midi. Sous moi, le sable continue d’exhaler sa chaleur, mais déjà on sent les odeurs d’une végétation inconnue d’où je vient : plus d’eau, plus de vie, plus de vert. Les plantes s’accrochent, encore sèches mais portant déjà en gestation la promesse d’une exubérance bien différente du désert.

Une ombre me survole et je contemple un étrange véhicule. Silencieux, ses deux ailes fixes glissant dans les thermiques de fin de journée, il doit voir le monde comme moi dans mon rêve, à la fois lointain et accessible.

J’ai envie de le suivre, de voir s’il me mènera à la mer, que je n’ai jamais vu. J’ai envie de voir les paysages que me réserve le reste du voyage...

Une voix me tire brutalement du sommeil, je me sens tirée en arrière avec violence, et je réintègre mon corps avec l’impression qu’on m’a brisé les ailes. Mon sergent-chef me hurle dessus. Quel idée de s’endormir alors que la journée n’est pas terminé !

"Tire-au-flanc, feignasse !"

Les insultes pleuvent tandis que je tente de faire l'appoint. Avant d'avoir vraiment réussi à revenir au moment présent, je me retrouve au mitard. Pas d'indiscipline ici.

Ce n'est qu'un trou creusé à même le sol, nauséabond et trop petit. J'ai du prendre un coup de chaud à dormir à même le sable dans la chaleur de l'après-midi. Je me sens mal, fiévreuse et bien vite complètement malade. Les deux jours dans ce trou minable passent sans que je les voient, pourtant chaque minute semble s'étirer interminablement.

On finit par me tirer de là. Vacillante, je cligne des yeux dans la lumière du matin. Les dalles de l'acropole sont déjà brulantes. Il n'y a que mon sergent-chef ; je suis bien trop groggy pour bien comprendre ce qui se passe. Mais on m'a formé à obéir, obéir sans rien dire, sans chercher à se dérober, et j'obéis.

Au pas sur les dalles brûlantes, pieds nus. J'ai envie de sautiller jusqu'à l'ombre pour me soustraire à la chaleur. Je sais pourtant qu'il faut subir la brimade jusqu'au bout, sous peine de retourner dans le trou. Un pas, deux pas. Jamais ce chemin ne m'a paru plus long. Et ce n'est que le matin, les dalles ont tout juste commencé à chauffer. Enfin la Domus, la fraîcheur bientôt, enfin du moins un peu moins de chaleur...

Je vois alors ce que me tend mon sergent-chef. La cape du Rite. Ce n'est pas le jour ? Je ne suis pas prête. Trop malade et puis j'ai peur. Même si je ne sais pas exactement en quoi ce rite consiste en dehors du fait qu'il me consacrera comme adulte, citoyenne et guerrière, je sais qu'il sera dur, car tous ces mois d’entrainements n'ont été là que pour nous préparer à y faire face.

Je regarde mon sergent-chef, me demandant comme souvent quelles sont ses intentions à mon égard. Me faire marcher sur les dalles brulantes après le mitard était cruel, mais pas autant que s'il avait attendu la fin de la journée ; a-t-il voulu m'épargner ou m'humilier ? Me faire passer le rite maintenant est tout aussi ambigu. C'est autant un honneur qu'une farce cruelle. Je pense aux saveurs iodés de la mer que j'ai senti dans mon rêve. Soudain cela m’apparait comme une évidence. Je ne veux plus être ici.

-Je veux partir, je murmure.
-Comment ? gueule le sergent.

Impossible encore une fois de savoir s'il pose la question parce qu'il ne m'a réellement pas entendu, ou parce que ma déclaration n'est pas acceptable.

Je pense à ceux qui sont liés à une croix sous le soleil du désert, ceux qui ont échoué. Je ne suis pas sûre que je puisse renoncer, du moins pas sans en payer un prix terrible. Je tend la main et prend la cape, puis le suit à l'intérieur de la Domus. Je partirai, je le sais à présent... mais avant ça, je dois survivre au Rite.

Spoiler for Hiden:
Franchement, je ne sais pas trop ce que ce texte veut dire, où il se place et je ne suis même pas sûre de qui est le narrateur. D'ailleurs c'est écrit au féminin, mais c'est juste parce que j'avais envie ; l'histoire originelle était très floue sur le sujet. Elle l'était beaucoup moins sur la description du paysage, lors du rêve, ou de ce à quoi ressemblait les dalles, et la tête du sergent, mais je n'ai pas trouvé les mots pour rendre ça. J'ai fait comme j'ai pu :)

C'est juste un rêve de la nuit, et je lui ai trouvé une saveur khanatienne dans ses montagnes et son sable... alors, pourquoi pas le partager ici et voir ce qu'il pourra faire naître !
« Modifié: 01 janvier 1970 à 01:00:00 par Guest »

Zatalyz

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Re: Errances d'une rêveuse
« Réponse #1 le: 28 mars 2013 à 19:34:30 »
Je marche d'un bon pas dans la journée finissante, admirant les mésas se parer peu à peu des couleurs du couchant. Les indications sont précises, j'ai espoir d'arriver à destination avant la nuit. L'orage n'a pas fini de gronder mais semble à présent s'éloigner : j'ai encore évité la pluie.

Je m'arrête lorsque mon œil est attiré par une étrange formation dans le ciel. Les nuages semblent être aspirés par le sol. Fasciné, je vois une tornade se créer, soulevant la poussière de la steppe.

Je ne peux détacher mon regard de cette apparition. Je finit par songer que je ne suis peut-être pas en sécurité, si le temps et la zone se prêtent à ce genre de phénomène. Je reprend ma route plus hâtivement, gardant un œil sur le vortex, tout autant par prudence que par fascination. Dans ce paysage aride, tons ocre et sables égayés d'un vert brunâtre, les couleurs des nuages presque violets et parfois traversés d'éclairs et les rayons du soleil rasants par en dessous, la tornade se détache dans un gris livide tout à la fois sublime et terrifiant.

L'orage n'en finit pas de rouler, sans que la pluie ne vienne jamais rafraichir l'atmosphère et faire tomber la menace. Je continue ma marche, cherchant un abri, quelque chose. Là, cette formation rocheuse...

Je me rapproche, contournant le relief du terrain, la trombe derrière moi ne semblant pas se rapprocher, mais pas s'éloigner non plus.

Et je découvre alors le lac. Ses eaux d'un turquoise extraordinaire marquent ma rétine, achevant la symphonie de couleur dont je m'abreuve depuis quelques heures. Je reste clouée sur place, enregistrant ces nuances fantastiques, les rochers, le ciel, l'eau... et les habitants des lieux, qui se prélassent sur ses abords.

Aux antiques descriptions qui en ont été faites, j'en déduit que j'admire les mythiques salamandres, certaines d'un écarlate flamboyant, d'autres tirant sur un or ardent. Parfois en contrepoint, un de leur congénère est d'un noir de charbon. Dans ce paysage fantastique, elles se détachent comme des reines, ce qu'elles sont en ce pays.

J'ai trouvé le lac d'Istmir.

Alors les nuages se crèvent enfin, et des trombes d'eau s'abattent sur le paysage, manquant presque me faire perdre l'équilibre. Je perd de vue le lac, la tornade, tout ; j'en perd aussi l'ouïe tant la pluie s'abat avec violence. Douchée dans mon émerveillement, je reste pourtant immobile encore quelques minutes, un sourire béat sur les lèvres. Avant de me remettre en marche, espérant trouver mon chemin et surtout un endroit où me sécher pour dormir...

Spoiler for Hiden:
Un rêve plus ancien, et retravaillé aussi, un peu, que j'ai eu suite au récit de Vaiatua sur les ophidras.
« Modifié: 01 janvier 1970 à 01:00:00 par Guest »

Zatalyz

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Re: Errances d'une rêveuse
« Réponse #2 le: 05 février 2014 à 11:01:31 »
À droite, mon équipe. Antyl est ferme sur ses jambes, son bouclier rond en position de défense, son glaive affûté prêt à trancher. Navim vérifie une dernière fois son arbalète. L’arme est un peu longue à charger, mais fait de sacrés dégâts. Lyan ajuste la position de ses dagues ; je me demande combien il en cache dans son armure. Mais ce ne sont pas ses dagues, ses vraies armes.

À gauche, les autres. Il y a Röckam, le seul dont je connais le nom, et celui qui, je le sais, est le guerrier le plus redoutable. Sa longue épée à deux mains semble avaler les rayons du soleil, la lame noire est presque un fragment d’obscurité. Derrière lui, deux archers. Je grimace. Au corps à corps, ils seront en difficulté, mais vu les positions de chaque équipe, ces deux arcs vont être une vraie plaie. Et un peu plus loin, en face de moi, leur chaman. D’un coup d’œil je le jauge, tandis qu’il fait de même. Nous échangeons un discret signe de tête : chacun a compris ce que vaut l’autre, et il ne sert à rien de s’affronter directement.

Antyl et Röckam, eux, n’en sont pas aux signes de connivences. Chacun regarde l’autre comme si son regard pouvait tuer. C’est de la simple intimidation de guerrier et ça a peu de chance de marcher.

L’un des archers perd patience et décroche une flèche. Navim l’évite de justesse. Je regarde la stratégie avec amusement. Comme prévu, les archers tentent de se débarrasser de Navim et Lyan en premier, qui sont leurs adversaires les plus probables. Je vois le chaman se concentrer pour permettre à son équipe de ne pas faiblir, que leur concentration reste entière et leurs traits toujours aussi rapides. Je fais confiance aux miens pour esquiver les plus dangereuses.

Lyan finit par se prendre une flèche dans le bras, puis une autre dans le torse. Il éclate de rire, ne semblant même pas s’en soucier. Ce qui est le cas. Les archers ont un léger moment de flottement, ce qui permet à Navim de leur décocher quelques traits. Lyan éclate de rire, se moque d’eux :
— Même pas mal ! L’analgésie c’est trop cool !

Il n’a jamais brillé par la finesse de ses réparties. Et j’aimerais bien qu’il se montre un peu plus discret sur ses compétences. Ce n’est pas un combat d’honneur, juste un règlement de compte, mais c’est le genre de chose qui nuit à la réputation.

Les deux guerriers, eux, en sont encore à jauger leurs forces, à échanger quelques passes, mais sans donner tout ce qu’ils ont. Röckam ricane :
— Et l’autre piquet, là, il compte les points ?

Tu vas voir, dans quelques instants, si je compte les points...

Par contre, je ne comprends pas ce que fait Antyl. Est-ce son adversaire qui la rend aussi timorée ? Elle est d’habitude bien plus réactive. Je vois une des flèches filer dans sa direction. Avec effarement, elle ne l’évite pas. Il aurait pourtant suffi qu’elle lève un peu son bouclier... je l’ai presque vu le faire, j’étais sûr qu’elle allait le faire ! Elle accuse le coup, son bras devenu soudain inutile : elle n’a pas les potions de Lyan, elle. Röckam profite de la confusion de son adversaire, et je vois soudain les fils de l’avenir se déployer devant moi, et le seul chemin possible à emprunter.

Je cours vers eux. En quelques pas, je suis dans leur sphère d’attaque. Cela retarde le grand guerrier un instant, le temps qu’il jauge le danger que je représente avant de conclure que je ne vais pas faire grand-chose. Sa lame descend vers le cou d’Antyl, un grand geste puissant... De toutes mes forces, je repousse l’image du sang qui essaie de s’imposer à mon esprit.

La lame rebondit sans faire une égratignure, sans même contusionner Antyl. Elle en profite pour contre-attaquer, enfin, et force son adversaire à reculer. Mais je comprends que Röckam n’utilise pas que des capacités basiques dans ce combat. Ça ne m’étonne pas trop, en même temps, c’est un guerrier d’élite. Sans doute un peu trop fort pour Antyl, d’ailleurs.

Tout en restant à quel pas, je me concentre sur lui. En quelques minutes de combat, il trouve le moyen de planter son épée dans le seul arbre du coin, dont il la ressort avec quelques difficultés, avant de l’enfoncer jusqu’à la garde dans le sol. Il s’en éloigne un instant pour échapper aux coups d’Antyl, s’y reprend à plusieurs fois pour la récupérer, manque s’étaler sur le sol plus d’une fois. Je vois à son regard confus qu’il ne comprend pas la malchance qui lui tombe soudain dessus. Tant mieux ! Il finit par récupérer sa lame, échange de nouveau des coups avec notre guerrière.

Un des archers, lui, a compris. Il me vise, sa flèche part. Me rater à cette distance lui parait impossible, mais une bourrasque soudaine se lève et dévie la flèche à quelques centimètres de moi. J’ai eu chaud, mais c’est toujours le cas avec ces techniques... Sans se démonter, l’archer encoche une nouvelle flèche, sûr de m’avoir à l’usure. Concentré sur moi, il ne voit pas que le combat s’est rapproché, et Röckam qui recule lui met un formidable coup de coude dans le crâne, qui l’assomme net. Je ne peux retenir un petit sourire. J’adore quand l’équipe adverse se met toute seule hors de combat. Le fait que je les aide délicatement à en arriver là ne diminue en rien mon plaisir...

L’autre archer, je sais que Navim et Lyan s’en chargeront. Quant au chaman, il n’a dans sa besace que de quoi soutenir ses troupes et se protéger lui-même. Je le sens à deux doigts de fuir le combat. Mais Antyl s’est épuisée dans ce combat, elle ne tient que grâce à mon soutien.

Röckam hurle :
— Tu crois que je n’ai rien vu ? Ça ne va pas se passer comme ça ! Tu peux bien obliger mon arme à tomber, je finirais par t’avoir ! Tu vas faire quoi ? Échapper à un coup au dernier moment ? Me faire glisser ? Tu as montré toutes tes cartes, mais tu ne m’échapperas pas éternellement !

Je jette un coup d’œil à l’avenir, souris, et lui déclare :
— Ton prochain coup ne peut que me toucher.

J’en suis encore à parler qu’il lance sur moi une des petites fléchettes cachées au creux de son bras. Comme prévu, cette dernière se plante dans mon cou, déversant son poison dans mes veines. Je savais bien que ce guerrier n’avait aucun honneur... du poison. Je ferme un instant les yeux, tandis que son rire résonne.

Puis je les rouvre, enlève la fléchette qui me tiraille un peu la peau, et le regarde calmement. Il semble ne pas en revenir. Ebahi, le Röckam. Antyl reste un peu à distance, profitant de ce répit, curieuse aussi sans doute de voir comment j’ai tordu les probabilités et où je compte arriver.

Röckam prend une autre de ces fléchettes, et... Ho, juste une impulsion... Il se la plante dans la cuisse, comme pour vérifier qu’elle marche bien. Et oui, dans celle-ci, le poison ne s’est pas éventé... Je le vois tomber comme une masse puis se mettre à ronfler. Ce narcotique a l’air vraiment costaud...

Antyl trouve la force de me faire un petit sourire :
— Je te demanderais bien ce qu’il lui a pris de faire ça, mais... je crois que je sais !
« Modifié: 01 janvier 1970 à 01:00:00 par Guest »

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