Les klum

Transcription de l’émission « Les Goûts du Khanat » n°1, diffusée sur le canal public du kagnici « L’Académie des Saveurs » – fréquence 1109.13

Voix masculine chaude, suave, presque sensuelle

Coi à tous nos chers auditeurs et très chères auditrices, et bienvenue sur la fréquence de l’Académie des Saveurs, pour cette nouvelle émission des “Goûts du Khanat”.
Ici Jip, en direct de nos studios de Natca, pour vous accompagner dans ce nouveau voyage, à la découverte des innombrables produits que le Khanat a à nous offrir.

Avant de commencer, je tiens à remercier tous ceux, et toutes celles, d’entre vous qui nous encouragent et nous soutiennent dans notre lutte désintéressée pour faire partager les saveurs du Khanat au plus grand nombre.
Continuez à nous écrire nombreux à notre boite postale “Au ra qui baffre – Courtoisie / niveau -3 – Ratmidju”. Nous acceptons aussi les dons et subventions caritatives en toutes monnaies échangeables à la bourse de Natca.

Aujourd’hui, nous allons évoquer un fruit qu’on trouve en toutes saisons sur les étals de Ratmidju – en tous cas, chez tous les épiciers corrects – et sur lequel courent * ton faussement lugubre * de bien sinistres rumeurs.
Je veux parler, vous l’aurez compris, du klum. Et pour commencer, nous allons retrouver immédiatement mon ami Kof, qui se trouve actuellement dans l’un des marchés aux portes de l’InfrA.

Coi Kof, vous m’entendez ?

Voix masculine neutre mais un peu forcée, comme pour couvrir le brouhaha à l’arrière-plan en essayant de ne pas crier

Oui, coi Jip, et coi à tous nos auditeurs.

Je suis en effet devant l’un des étals qui proposent des klum.
Pour ceux de nos auditeurs qui n’auraient jamais eu la chance de découvrir les merveilleux marchés de Ratmidju, leur extraordinaire profusion, et leur incroyable diversité, il est peut-être bon de rappeler à quoi ressemble un klum.

Il s’agit d’un fruit de la taille d’un poing, environ. Il est généralement rond ou vaguement ovoïde, bien que certains présentent une excroissance plus ou moins importante au niveau de la base de la tige.
La peau est épaisse mais souple, lisse, verte, veinée d’orange et de bleu. Le plus simple pour éplucher un klum est d’ailleurs de le couper en 4, puis de gratter le long de la peau pour détacher la chair.

L’intérieur contient en effet une chair tendre et juteuse, de couleur jaune orangé, également veinée – bien que plus légèrement – de bleu.
Le cœur est composé d’une masse spongieuse, où le bleu est plus dense, de plus en plus aérée à mesure qu’on se rapproche du centre, et pouvant aller jusqu’à former une cavité. Cette partie se sépare facilement du reste à l’aide d’une simple cuillère.

Première voix, interrompant la première

Pas de noyau ni de pépins, donc, mon cher Kof ?

Seconde voix

Oui, tout à fait, Jip, pas de noyau. A moins qu’il n’y ait un noyau de vide… * rire forcé, vite arrêté *
Par contre, certains prétendent qu’on peut trouver parfois trouver des pépins dans certains klum de montagne.

Première voix, interrompant à nouveau la première

Car il faut préciser, mais vous le savez sûrement mon cher Kof, que le klum est originaire des montagnes. Des Monts de Givre plus précisément.

Seconde voix

Oui, tout à fait, Jip. Les premiers klum poussaient à l’état sauvage dans les Monts de Givre, et on en trouve encore quelques uns là-bas.

Mais il s’agit de spécimens beaucoup plus petits, car le climat ne leur permet pas d’atteindre leur pleine maturité avant la fin de l’été. Eh oui, on l’oublie trop facilement, chers auditeurs, mais tout le monde ne bénéficie pas du climat tempéré et quasi constant de Ratmidju. La surface peut se montrer bien cruelle, y compris pour les plantes.

Première voix, profitant d’un moment de flottement de la seconde

Mais, et c’est important de le signaler mon cher Kof, c’est un fruit qui pousse toute l’année en plaine. Il n’est pas limité à l’été.

Seconde voix

Oui, tout à fait, Jip.

Il y a déjà plusieurs Eons, les klum ont été acclimatés dans les plaines d’Astharie. Depuis, grâce au dévouement des ra qui approvisionnent Ratmidju – eh oui, car on l’oublie trop souvent, mais il y a des ra à l’origine des innombrables mets qui comblent nos marchés, des ra qui, comme nous, oeuvrent à la grandeur du Khan et du Khanat… * silence prolongé *

Oui. Enfin. Voilà. Donc, les klum sont désormais cultivés dans les plaines d’Astharie sous la forme que nous connaissons aujourd’hui. En particulier, la chair s’est nettement développée au détriment de la partie spongieuse.

Première voix, s’immisçant dans le monologue

Ce qui est heureux, puisque cette partie ne se mange pas, n’est ce pas mon cher Kof.

Seconde voix

Oui, tout à fait, Jip.

Ni la peau ni la partie spongieuse ne sont comestibles.
Mais la chair, comme je l’ai dit, est juteuse et tendre. Et peut être accommodée de bien des façons.

Première voix

Je vous interromps une minute, mon cher Kof, car c’est l’heure pour nos partenaires et néanmoins amis de faire partager à nos auditeurs la variété de leurs produits.

Jingle fantaisiste

Voix sérieuse, et en même temps professionnellement compatissante

Les Brumes ne sont pas une fatalité.

Pour vous en protéger, vous et vos proches, il existe un moyen simple et efficace. Il suffit de prendre quelques minutes pour y penser… avant.

Chez RevInc, nous vous proposons toute une gamme de solutions adaptées à vos besoins, et à vos envies.

Nos conseillers sont là pour vous aider à choisir ce qui vous convient le mieux.

Alors, avant qu’il ne soit trop tard, n’hésitez plus et rencontrez le conseiller RevInc le plus proche de chez vous.

Nouveau jingle fantaisiste

Voix nasillarde, accent terrible de Sovrok – l’enregistrement n’est pas de bonne qualité

Chez Ziem Bundaro, y’a tout c’qu’il faut ! Automates toutes taches à pas cher ! Vraiment pas cher ! Encore moins cher, tu trouves pas ! Automates réparés et garantis par moi ! Chez Ziem Bundaro, y’a tout c’qu’il te faut !

Toujours le même jingle fantaisiste

Voix féminine sans émotion, qui a l’air de nettement s’ennuyer

L’Académie des Saveurs, en tout lieu à toute heure, vous accompagne pour votre plus grand bonheur, et comble votre ventre et votre cœur. Vous écoutez le canal de l’Académie des Saveurs.

Encore le jingle fantaisiste, qui commence à faire sérieusement grincer des dents

Première voix

Et nous revoici, chers auditeurs et très chères auditrices, votre dévoué Jip en direct de nos studios et mon ami Kof sur les marchés de l’InfrA, pour vous faire découvrir les “Goûts du Khanat”. N’oubliez pas que vous pouvez participer à la longue vie de votre émission préférée en envoyant vos dons à notre boite postale “Au ra qui baffre –Courtoisie / niveau -3 – Ratmidju”.

Nous allons maintenant retrouver Kof, qui va nous expliquer comment bien choisir ses klum.
Kof, à vous la fréquence.

Seconde voix, toujours au milieu de brouhaha

Oui, tout à fait, Jip. Car il est capital de bien choisir ses klum.

Il est important de rappeler, pour nos auditeurs qui l’ignoreraient, qu’une bonne partie de la réputation des klum comme soi-disant psychotropes ou narcoïdes vient de la consommation de fruits avariés.

Première voix, interrompant la seconde

Ce qui ne provoquerait donc pas des voyages dans le Monde du Rêve, mais aux latrines les plus proches, mon cher Kof ? * rire auto-satisfait *

* instant de silence de Kof, où on n’entend que le brouhaha du marché * Seconde voix, un peu gênée

Euh, oui, tout à fait, Jip. On peut dire ça.

Hum…

Donc, pour bien choisir son klum, le premier critère est la provenance du fruit.

Certaines exploitations sont particulièrement renommées pour la qualité de leur production.
N’hésitez pas à interroger le commerçant.

Première voix, interrompant la seconde

Et souvenez-vous de toute façon que les meilleurs klum viennent de l’exploitation de Regipa Calamira, dans le kastron de Vault, et qu’on les trouve chez Maam’I Guup’I, au niveau -1 de l’InfrA. Réduction spéciale pour nos auditeurs.

Seconde voix, un peu incertaine

Euh. Oui. Oui, tout à fait, Jip.

Euh…

Oui. Donc, le deuxième critère pour bien choisir son klum, c’est la densité et le motif du veinage bleu sur la peau. Un bon klum doit avoir un motif harmonieux, pas trop serré, mais avec des contours nets.
Ne croyez surtout pas ceux qui vous disent qu’il faut y reconnaître à coup sûr tel ou tel forme, ce ne sont que des charlatans.

Le troisième…

Première voix, tentant d’interrompre la seconde

Ah ? Même pas un mig…

Seconde voix, ne criant pas tout à fait, mais tachant quand même de couvrir la première

Le troisième critère, c’est le poids. Plus la partie spongieuse est importante, plus le klum sera léger.
Un bon klum devra donc être lourd, bien peser dans votre main.

Seconde voix continuant très vite pour ne pas être interrompue

Une fois que vous avez choisi vos klum, il ne reste plus qu’à décider de la meilleure façon de les consommer.

On voit parfois des gamins ucikara, dans certaines zones de Sovrok, qui croquent directement dans un quartier de klum en courant dans la rue. Le jus leur coule dans le cou. C’est dégoûtant.

Première voix réussissant quand même à s’incruster

Mais, mon cher Kof, on ne peut pas en vouloir aux enfants si leurs parents ne les rêvent pas correctement.

Seconde voix, de mauvaise grâce

Oui, c’est vrai, tout à fait, Jip. Mais quand même.

Il existe une infinité de façons élégantes et délicieuses de déguster le klum.

La première, c’est de séparer délicatement la peau et la partie spongieuse de la chair. On obtient alors un matériau, certes un peu difficile à travailler, mais qui peut être découpé en formes variées dans une salade de fruits, si on veut faire simple, ou pour agrémenter joliment un plat de viande. De préférence une viande forte, comme du jrada’a mariné, qui sera adoucie par le klum, en un mariage harmonieux.

On peut également pocher des morceaux de klum dans un bouillon très chaud, aromatisé, selon les goûts, de divers épices.

Première voix, interrompant la seconde

Il y a d’ailleurs un ouvrage que je vous recommande, sur les épices, édité par notre Académie, et que vous pourrez vous procurer pour un prix très raisonnable dans toutes les bonnes librairies, ou mieux encore directement en vous adressant à notre boite postale “Au ra qui baffre – Courtoisie / niveau -3 – Ratmidju”.

Seconde voix, un peu énervée, mais tentant de le cacher

Une autre recette traditionnelle, c’est la tarte aux klum.

Première voix, interrompant encore la première

Recette qui, comme chacun le sait, vient des plaines d’Astharie, n’est ce pas, mon cher Kof.

Seconde voix, énervée

Oui, mais bon. La tarte qu’on trouve dans les plaines est très différente de celle que proposent nos pâtissiers ou que vous pouvez faire vous-mêmes. Comme la récolte locale est principalement destinée à la Ville, les habitants de la région n’utilisent que les klum invendables. Leur tarte ne vaudra donc jamais celles de Natca ou Courtoisie, et pourrait même rendre malades les ra qui ne sont pas habitués à Culno.

Première voix, intervenant très vite, conciliante

Oui, mais ce n’est pas de leur faute, Kof.

Seconde voix, se reprenant

Oui, bien sûr. Oui, tout à fait, Jip. Les pauvres, ils font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont.

Hum. Voilà.

Sinon, une autre façon de préparer les klum, consiste à en faire une mousse légère, dont on fourre certains gâteaux.

Première voix, interrompant la seconde

D’ailleurs, si vous souhaitez un automate pour fouetter la mousse, ou pour toute autre corvée dans votre cuisine ou dans votre logement, je vous donne une petite adresse que j’ai dégotée pour vous, chers auditeurs et très chères auditrices. Ça ne paye pas de mine, mais ça s’appelle “chez Ziem Bundaro”, dans la galerie basse de Sovrok, derrière la fontaine des quatre branaz. Vous pourrez y trouver des automates à des prix défiant toute concurrence. Surtout, dites bien que vous venez de ma part.

Mais je vous en prie, mon cher Kof, poursuivez.

Seconde voix, un peu nerveuse

Tout à fait. Oui. Tout à fait, Jip. Enfin. C’est-à-dire. J’ai à peu près fini, là.
Et puis, le marché se termine, donc je pense que je vais ramener le matériel au studio d’enregistrement, hein.

A vous la fréquence, Jip.

Première voix, encore plus suave qu’au début, limite mielleuse

Eh bien, chers auditeurs et chères auditrices, ainsi se termine notre émission des “Goûts du Khanat”. J’espère que j’aurai l’immense plaisir de vous retrouver, dans deux jeftu, pour une nouvelle émission consacrée cette fois à la viande de jrada’a.

Dans l’intervalle, n’hésitez pas à nous encourager et à nous soutenir. Vos messages, et surtout vos dons, nous touchent toujours beaucoup. Je vous rappelle l’adresse : boite postale “Au ra qui baffre – Courtoisie / niveau -3 – Ratmidju”.

Je remercie tous nos partenaires et néanmoins amis, et je vous souhaite à tous un bon padje, et vous dis à bientôt.