La rediffusion du Khamag

Chronique de Zatalyz

Tout au début du projet, Liria et moi avions envie de faire un magazine. Un vrai, avec la mise en page qui va avec, des jolies images, des effets de style. Nous nous étions déjà amusées à faire un numéro parodique d’un célèbre journal à scandale dans l’univers de Ryzom et nous avions envie de réitérer l’expérience.

Mais Khaganat est un projet prenant et tentaculaire, et rédiger des magazines est un long travail. Nous avons écrit quelques articles, trouvé des images pas forcément libres de droits (notre sensibilité à la question était alors bien moindre), mais la mise en page n’a jamais été faite. À un moment, j’ai décidé de transférer ça sur un wiki : à défaut de générer de beaux PDF, peut-être qu’une structure de site serait plus adaptée. Mais là aussi, ça n’est pas allé beaucoup plus loin, cela restait un peu trop ambitieux face à mon papillonnage et au volcanisme de Liria.

Ensuite, nous avons ouvert le blog, dont la tenue est un peu plus facile (et même comme ça, il n’y a pas un article tous les mois) et le Khamag est tombé dans l’oubli.

Ce qui est dommage, c’est que les articles écrits ou ébauchés contenaient des choses intéressantes. Les récits ont été depuis longtemps retranscrits dans la Mediateki, mais pas les réflexions sur le gamedesign, sur notre rapport au jeu.

Cela fait longtemps que je voulais remettre ces textes à un endroit plus accessible. J’entame aujourd’hui ce travail, en distillant le plaisir !

Ces textes ont été écrits tout au début du projet, et depuis, certaines choses ont évolué. Je prendrai le temps de les préfacer, ou de proposer une mise à jour. Je vais aussi me permettre de corriger quelques fautes et maladresses de formulation : il s’agit de travail dérivé, non d’une copie à l’identique.

Et pour démarrer, je vous propose l’édito que Liria avait concocté.

 L'enfance du projet, CC0 https://free-images.com/display/child_labor_boys_group.html

[Rediffusion] L'édito du Khamag

Par Liria, 5 août 2013

Dans un cadre informatique, il m’arrive d’être face à une source obscure d’un programme. Le cheminement emprunté semble ésotérique et tordu. Devant étendre ce code, j’arrive alors à la conclusion qu’il est plus facile d’en réécrire une version propre plutôt que d’essayer de comprendre les détours abscons empruntés par l’auteur initial. De manière naïve, j’imagine comment j’aurais procédé à sa place, traçant un chemin net et clair. Mais au fur et à mesure, des problèmes cachés au premier abord font leur apparition, m’obligeant à bifurquer, louvoyer puis emprunter des chemins de traverse. Peu à peu, ce fameux code ésotérique prend sens, et les raisons des choix de l’auteur initial deviennent alors compréhensibles.

Cet exemple illustre pour moi le fait que le cheminement de pensée est aussi important que le résultat final. Ce dernier n’est pas toujours intelligible hors de ce contexte. Les wikis actuels du projet répertorient ces résultats, ces éléments approuvés, mais laissent de côté tous les débats, les réflexions ayant mené à ces choix, les chemins écartés. Notre approche wiki implique un découpage des idées en concepts élémentaires. Ces concepts sont eux-mêmes dispatchés dans des pages séparées selon qu’ils traitent de l’aspect « role-play », « animation » ou « développement ». Cela a un côté très positif : cette approche nous impose d’organiser l’information, nous force mentalement à clarifier les concepts lors de la réaction. Mais cela a aussi son pendant négatif. Celui de « normer » toutes les idées, de gommer l’importance qu’on accorde à chacune, d’affadir le rêve. Et pourtant, ce projet s’appuie sur des idées que nous croyons innovantes : des choix de vie, une philosophie. Tout cela influence nos options, mène à des débats passionnés sur l’impact d’un choix gameplay : cela favorise-t-il l’échange entre les joueurs ? N’imposons-nous pas notre vision aux joueurs sous prétexte de liberté ? Etc. ?

Malheureusement, toutes ces réflexions que nous menons ne trouvent pas leur place directement dans les wikis ou le sont de manière fragmentée. Certes, elles existent sur le forum. Mais elles sont le fruit de débats croisés dans le temps, perdus au milieu de plein d’autres sujets. C’est là qu’intervient le projet « Khamag », un projet initialement imaginé pour proposer un résumé des débats clefs du projet à ceux qui ne peuvent suivre le projet que de loin ou ceux qui le découvrent. L’idée était de reprendre les débats intéressants du forum et d’en faire une version retravaillée, polie. Cela permettrait d’aiguiller les arrivants vers les sujets qui nous tiennent à cœur, qui représentent des points importants de notre approche. Cela permettrait de centraliser dans un article unique des sujets transverses faisant intervenir plusieurs concepts ou strates de l’univers. C’est aussi l’endroit où nous pourrions aborder des sujets qui sortent du simple cadre d’un MMO, d’un univers ludique, pour aborder des sujets de société comme la vie privée et son lien avec un jeu réseau, ou même des sujets ayant un parti-pris de l’auteur, ce qui est moins évident sur les wikis.

Voilà à mon sens ce qui motive ce projet « Khamag », d’un magazine web traitant de sujets en rapport avec notre projet. À noter que le contre-argument le plus pertinent vient de YannK qui résume en une phrase la problématique de cette idée : « …de toute façon, je crois qu’au final ce n’est pas la pertinence des propositions qui bloque, mais le capital homme(femme)/jour qui nous manque et qui nous oblige à voir les priorités comme on peut. »

Maintenant, le choix de la solution dokuwiki pour ce magazine avec un pool d’articles issus du forum en devenir, de copier-coller de discussions qui méritent une synthèse, et qu’on fige un instant dans un numéro serait l’idéal. Car d’une manière ou d’une autre, ce travail nous le faisons lorsque le sujet revient sur le tapis lors de questions sur l’IRC. Le temps pris à représenter ces idées n’est-il pas équivalent à celui d’une synthèse ? Certes, cela donne lieu à nouveau débat, et fait avancer l’idée, mais disposer d’une synthèse à ce moment n’aurait-il pas été enrichissant ? L’avenir nous le dira !